Les causes méconnues de l’obésité

Dernière mise à jour 08/04/19 | Article
causes_meconnues_obesite
Les personnes en surpoids subissent trop souvent le regard réprobateur de la société sur leurs kilos en trop. Or, le surpoids ne s’explique pas uniquement par un comportement alimentaire inadéquat.

Le saviez-vous?

Une cuillère à soupe de ketchup contient 4 grammes de sucre caché. Une seule canette de soda sucré peut contenir jusqu’à 40 grammes de sucre, soit dix cuillères à café.

«Tu n’as qu’à manger moins», «Tu n’as qu’à bouger et faire du sport»… C’est le genre de reproches que les personnes en surpoids entendent ou peuvent lire dans le regard des autres. Or, le surpoids n’est pas que le résultat d’un déséquilibre entre les calories consommées et dépensées. De nombreux autres facteurs entrent en ligne de compte. Nous ne sommes pas tous égaux face à la prise de poids.

Tout d’abord, il faut rappeler que nous vivons dans un environnement obésogène. Dans nos sociétés occidentalisées, la nourriture est en accès illimité. Les fast-foods sont ouverts pratiquement en permanence. De son côté, l’industrie alimentaire ne cesse d’innover et de proposer de nouveaux plats transformés contenant sucre, sel et graisse en excès. Une grande partie des sucres consommés aujourd’hui sont ainsi «cachés» dans des aliments qui ne sont pas considérés comme des sucreries.

La société joue elle aussi un grand rôle dans la progression de l’obésité. Le statut socio-économique, notamment, entraîne des inégalités importantes. Le risque d’être en surcharge pondérale ou d’être obèse est d’au moins 50% supérieur chez les personnes ayant un niveau éducationnel inférieur et disposant d’un faible revenu. Les hommes avec un niveau de formation correspondant à l’école obligatoire ont ainsi presque deux fois de risques d’être obèses que ceux qui ont suivi une formation tertiaire (19% versus 9%). Chez les femmes, ce risque triple (19% versus 5%). Parmi les groupes à risque, les personnes de nationalité étrangère sont touchées que les Suisses et les personnes résidant à la campagne sont concernées que les citadins.

Les gènes et la biologie aussi responsables

Sur le plan individuel, des travaux de recherche récents montrent que certains facteurs génétiques peuvent provoquer des changements de l’appétit et du métabolisme des graisses qui mènent à l’obésité. Mais, même si la prédisposition génétique d’une personne peut contribuer à l’obésité (70% des obèses ont au moins un parent dans la même situation), elle n’en est pas la cause primordiale. Environ 2% seulement des obésités sont secondaires à une affection médicale. Les maladies susceptibles d’entraîner une obésité sont des maladies des glandes endocrines (ou maladies endocriniennes). Les origines hormonales de l’obésité peuvent être une hypothyroïdie ou une affection de la glande surrénale.

L’avancée en âge est également un facteur important puisque la composition corporelle se modifie. Le maximum de masse maigre (muscle) est atteint à 20 ans, puis celle-ci se raréfie en raison de la sédentarité. La masse grasse, à l’inverse, a tendance à s’accumuler au niveau abdominal. Avec l’âge, les changements hormonaux influencent également le poids. À la ménopause, le déclin de la sécrétion d’œstrogène et de progestérone entraîne une altération du métabolisme lipidique qui se caractérise par une augmentation du stockage de la graisse viscérale.

Des substances en cause

Certains médicaments peuvent également favoriser une prise de poids ou freiner une perte de poids. C’est le cas de certains antidépresseurs et antiparkinsoniens, des neuroleptiques et des corticoïdes.

Mais d’autres substances, qualifiées d’obésogènes, pourraient aussi poser problème. Des recherches menées au cours de ces dernières années désignent certaines substances chimiques (voir encadré) qui se trouvent dans notre environnement comme responsables de l’obésité. Nommées perturbateurs endocriniens, elles agissent comme des hormones et perturbent les glandes qui libèrent les hormones dans le sang en les bernant. Elles interagissent donc avec notre comportement alimentaire et nos habitudes en matière d’activité physique. Nous sommes quotidiennement exposés à un grand nombre d’entre elles lors de l’ingestion de nourriture, de poussière et d’eau ou de l’inhalation de gaz et de particules présents dans l’air. Chacune d’entre elles présente des effets néfastes pour l’organisme mais, pour l’heure, on ignore l’effet «cocktail» lié à leur interaction. Le temps nous le dira.

Les perturbateurs endocriniens reconnus

Les perturbateurs endocriniens chimiques connus ne constituent que «la partie émergée de l’iceberg». Il s’agit, dans le cadre de l’alimentation, de la dioxine, et dans celui des produits de soins, des parabènes, du Triclosan, des silicones, des 4-MBC et 3-BC utilisés dans les écrans solaires, des phtalates, des bisphénols A et S. De nombreuses autres études, portant sur quantité de substances chimiques, restent encore à mener.

________

Adapté de , de Patricia Bernheim, en collaboration avec Alain Golay, Nathalie Farpour-Lambert et Zoltan Pataky, Editions Planète Santé, 2016.

A LIRE AUSSI

Microbiote
Il est parfois difficile de distinguer les douleurs de l’intestin de celles de l’estomac

Maux de ventre et ballonnement, ça s’explique

Au plaisir de déguster un bon repas se succèdent parfois des désagréments digestifs tels que des maux...
Regardez
Constipation
selles_disent

Les selles et leurs mystères

Aspect, forme, couleur, odeur: nos fèces livrent quantité d’informations sur notre état de santé. Voici...
Regardez
Anémie
Femme fatiguée

Le manque de fer touche surtout les femmes

Lors de grosses fatigues, on oublie souvent de chercher du côté d'une carence en fer. Or, ce phénomène...
Regardez
Articles sur le meme sujet
bypass_pas_efficace

Le bypass gastrique, pas si infaillible

Le bypass gastrique est un traitement efficace de l’obésité. Pourtant, cette intervention chirurgicale n’offre pas les résultats escomptés chez de nombreuses personnes.
epidemie_soda_occidentaux

Une épidémie de maladie du soda menace les Occidentaux

La maladie du foie gras humain fait de en parler d’elle. Elle pourrait concerner près d’un quart de la population et, chez certaines personnes, conduire à des complications sévères. Bonne nouvelle: dans la plupart des cas, une bonne hygiène de vie peut suffire à faire régresser la maladie.
Bouger dès le berceau

Bouger dès le berceau

L’activité physique est en baisse constante et inquiétante depuis ieurs décennies chez les enfants. La Suisse a l'ambition de revaloriser l’activité physique et de la promouvoir dès le jeune âge.
Videos sur le meme sujet

Pourquoi les sodas font-ils grossir?

A toute saison, mais spécialement en été, on a souvent tendance à vouloir se désaltérer avec des sodas.

La recherche fondamentale lutte contre l'obésité

Combattre l’obésité sans régime alimentaire astreignant ou intervention chirurgicale sera peut-être bientôt possible.

Les polluants "obésogènes"

Certains polluants, comme les perfluoroalkils ou PFAS, auraient un effet sur la prise de poids.
Maladies sur le meme sujet
fiche_maladie_obesite

Obésité

L’obésité est une maladie qui augmente le risque de survenue d’autres maladies et réduit l’espérance et la qualité de vie. Les patients atteints de cette accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle nécessitent une prise en charge individualisée et à long terme, diététique et comportementale.