Choisir le bon moment pour un deuxième bébé

Dernière mise à jour 02/04/19 | Article
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D’un point de vue médical, il faudrait attendre au moins un an pour envisager une deuxième grossesse.

C’est une question qui revient souvent dans les cabinets des gynécologues: «Quel est le meilleur moment pour faire un deuxième enfant?» Des critères personnels entrent bien sûr en ligne de compte, à savoir le désir du couple, le contexte et les projets de vie, l’écart souhaité entre les membres de la fratrie (lire le témoignage), et bien évidemment aussi l’état de santé et l’âge de la mère. Jusqu’ici, les médecins étaient assez démunis face à la question du délai idéal entre les grossesses, faute de données scientifiques. «On n’avait pas de réponses très précises à donner à nos patientes, si ce n’est qu’il est préférable d’attendre au moins six mois pour une femme chez qui il n’y a pas de contre-indications particulières», déclare David Desseauve, médecin associé en obstétrique au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Mais une étude parue en octobre dernier dans le JAMA Intern Medicine Journal, s’est penchée sur le sujet. Une étude de grande ampleur puisqu’elle réunit une cohorte de près de 150’000 femmes, réparties en deux groupes: le premier avec des femmes entre 20 et 34 ans et le second avec des femmes de 35 ans et . Les chercheurs se sont interrogés sur l’écart idéal à respecter entre deux grossesses, en tenant compte de l’âge de la mère, afin de minimiser les risques sur sa santé et sur celle du fœtus. Car «en Suisse, comme dans beaucoup de pays industrialisés, les grossesses sont de en tardives. Pour pouvoir concrétiser leur envie de fonder une famille, et parce que l’horloge biologique n’attend pas, certaines femmes sont amenées à rapprocher leurs grossesses», commente le Dr Desseauve. La question du délai est d’autant cruciale pour ces femmes-là que les grossesses tardives sont en soi à risque.

L’âge de la mère, un critère important

Pensez à la contraception après bébé

Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, les grossesses très rapprochées sont rarement une volonté délibérée, à moins que la femme soit vraiment pressée par son horloge biologique. Un bébé peut ainsi arriver par surprise. Les femmes ne sont pas toujours très bien informées quant au retour de la fertilité après la naissance, sans compter les idées reçues qui circulent sur le sujet. Parmi elles, l’idée que l’allaitement a un effet contraceptif. Or, «l’allaitement ne protège d’une grossesse non désirée que s’il est exclusif, à raison d’au moins six à huit tétées par 24 heures», explique le Dr David Desseauve, gynécologue obstétricien au CHUV. Sans cela, si on veut éviter de tomber enceinte, il faut penser à une contraception. «Certes, il y a peu de risques dans les vingt premiers jours après l’accouchement en raison de l’absence d’ovulation et des rapports sexuels souvent peu nombreux durant cette période. Mais après 28 jours, les risques de grossesse existent», précise le spécialiste. En conséquence, il est important de discuter d’un moyen de contraception à la maternité déjà, et en ressortir avec une prescription de son gynécologue, sans attendre le contrôle du post-partum après six semaines.

L’étude montre qu’un délai court (moins de douze mois) entre deux grossesses augmente les risques de complications pour la grossesse et ce, quel que soit l’âge de la mère. Les risques de complications maternelles sévères (morbidité et mortalité) augmentent surtout chez les femmes de 35 ans et qui ont des grossesses rapprochées. Un résultat qui n’étonne pas le Dr David Desseauve, puisque « on avance en âge, les risques s’additionnent». Chez les femmes jeunes (20 à 34 ans), ce sont les risques pour la santé du fœtus qui augmentent le , de même que le risque d’accouchement prématuré, selon cette étude. «On observe que la courbe de risque néo-natal et maternel est au bas entre 12 et 18 mois chez toutes les femmes, mais qu’au-delà, les risques augmentent. On redoute principalement l’accouchement prématuré, le retard de croissance, l’hypertension maternelle et la prééclampsie», note le spécialiste.

En résumé, il est préférable d’attendre au moins un an avant d’envisager une nouvelle grossesse. «Les femmes avec antécédent de césarienne devraient quant à elles respecter un délai de 12 à 18 mois avant de tomber enceinte à nouveau. Beaucoup d’études montrent en effet que le risque de rupture utérine est de 4 à 5 fois élevé dans les huit mois après l’accouchement chez ces patientes. Il est nécessaire d’attendre que la cicatrice dans l’utérus soit bien solide pour prévenir cette complication».

Une épreuve pour le corps

De manière générale, il faut rappeler que la grossesse et l’accouchement sont des épreuves physiques pour le corps. Elles entraînent des modifications physiologiques et anatomiques importantes. Prenez par exemple l’utérus, auquel le placenta est accroché. Il se distend pour accueillir le bébé dont il est l’hôte. «Après une naissance, il a besoin de temps pour cicatriser, se rétracter, et pour pouvoir à nouveau bien faire son travail», indique le spécialiste. Le climat hormonal change évidemment avec la grossesse. Un temps de réhabilitation est indispensable. Il en va de même pour la coagulation sanguine qui ne se normalise qu’au bout de trois à quatre mois. Aussi, l’anémie en fin de grossesse n’est pas rare. La fatigue qui en découle peut s’ajouter à la fatigue de la grossesse et de l’accouchement, elle-même renforcée par les nuits difficiles. «L’accouchement, quant à lui, est une sorte de marathon que l’on court sans entraînement et qui exige une phase de récupération», illustre le spécialiste. La façon dont il s’est déroulé (durée du travail, recours à des instruments, etc.), la survenue d’une hémorragie, d’un choc somatique ou psychologique, peuvent bien sûr péjorer la situation et augmenter le temps de récupération dont la femme a besoin avant une nouvelle grossesse.

Témoignage: Mélissa, maman de deux enfants de 16 mois d’écart

«Mon premier enfant, Arthur, avait 7 mois lorsque je suis tombée enceinte de Noé, mon cadet. Lorsque j’annonçais ma grossesse, les gens faisaient une mine désolée, pensant que c’était un accident précédant le retour de couche. A force, je précisais tout de suite que c’était un choix. Mon mari a un frère jumeau alors un écart de trois ou quatre ans entre ses deux enfants lui paraissait inconcevable. Il a tout vécu avec son frère et voulait cette même complicité pour nos enfants. Quant à moi, deux mois après la naissance de mon fils Arthur, j’avais déjà envie d’un autre enfant. C’était une évidence, il fallait qu’on soit quatre. Tout allait dans ce sens. Arthur était un enfant tellement sage et gentil. Il a un caractère très souple et facile. Toutes les grandes étapes se sont merveilleusement déroulées. On le prenait partout avec nous, il s’endormait facilement même quand on dormait chez des amis. A 2 mois et demi il faisait ses nuits. La diversification alimentaire s’est très bien passée également. Il n’y avait aucune raison pour ne pas enchaîner tout de suite avec un nouvel enfant. J’ai adoré être enceinte et j’étais en bonne santé. Je faisais 4 kg de moins qu’avant ma première grossesse. J’en ai quand même parlé à la sage-femme avec qui je faisais la rééducation du périnée. Elle m’a un peu freinée me disant qu’il fallait au moins laisser six mois entre les deux grossesses pour laisser à mon corps le temps de se remettre de la grossesse et de l’accouchement. J’ai donc attendu la fin de mon congé maternité pour arrêter ma contraception et pour essayer à nouveau de tomber enceinte … et c’est venu tout de suite! Cette deuxième grossesse s’est bien déroulée, même si j’avais beaucoup moins de temps pour en profiter. Arthur a marché à 11 mois, mais il fallait lui changer les couches, etc. A la fin de ma grossesse, je sortais moins car le quotidien était fatigant. Quand Noé est né, j’ai rapidement récupéré, alors qu’après la première grossesse j’étais "kaputt". Le mental fait beaucoup. On se dit qu’on ne peut pas flancher!»

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 13/02/2019.

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