Mitan de la vie: maintenant ou jamais

Dernière mise à jour 16/11/17 | Article
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Le mitan de la vie est, pour certaines femmes et certains hommes, l’occasion d’une profonde remise en question et d’un bilan de vie. Une crise qui peut être salutaire.

«Les six mois qui ont précédé mes 40 ans ont été terribles. Mon boulot était au point mort, mon couple battait de l'aile, mon corps de femme, après la naissance de mon troisième enfant, ne serait très utile. Je me suis rendu compte que ma seule mission était d'élever mes enfants le mieux possible. Mais moi, en tant que femme, qu'avais-je comme perspective?». Comme Alice, certaines femmes et certains hommes vivent autour de la quarantaine une crise existentielle que les Anglo-Saxons appellent «middle life crisis», soit la crise du mitan de la vie. «On pense être arrivé au milieu de sa vie, alors on fait le bilan de nos réussites, de nos échecs, de nos rêves et de ce qu’on a pu réaliser», explique le Dr Nicolas Belleux, psychothérapeute à Lausanne. «Alors que les premiers signes de l’âge surviennent, on prend conscience du temps qui passe et on s’interroge sur le sens de notre vie, de nos relations, de notre couple et sur notre bien-être», complète le Pr Dario Spini, directeur du Pôle de recherche national LIVES (lire ci-contre).

PRN LIVES

Le Pôle de recherche national LIVES «Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie» (PRN LIVES) étudie depuis 2011 les effets de l’économie et de la société postindustrielle sur l’évolution de situations de vulnérabilité. Le but est de comprendre l’apparition et l’évolution de la vulnérabilité ainsi que les moyens de la surmonter pour favoriser l’émergence de mesures sociopolitiques nouvelles. Le PRN LIVES est un projet interdisciplinaire, financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et porté conjointement par les Universités de Lausanne et de Genève.

Résilience

Dans le cadre de LIVES, des chercheurs de l’Université de Berne se sont intéressés au degré de résilience des personnes ayant divorcé après un mariage de longue durée, et les ont interrogées 5, 7 et 9 ans après leur séparation. Environ la moitié des individus concernés manifestent une bonne adaptation psychique, mais doivent faire un travail notable pour assumer leur vécu. Près d’un tiers s’adapte très bien: ce sont les résilients. Tandis qu’un cinquième a encore de gros problèmes après 5 ans: ce sont les vulnérables. La recherche a par ailleurs montré que les personnes résilientes possèdent jusqu’à sept forces de caractère typiques, par exemple: force mentale (contrôle de soi, volonté), émotionnelle (endurance, responsabilité individuelle), interpersonnelle (intelligence sociale), cognitive (sagesse, ouverture d’esprit) et spirituelle (gratitude, espoir). Autant d’aptitudes qui peuvent être apprises et exercées.

Changement de temporalité

Si les médias, la littérature et le cinéma parlent volontiers de la crise de la quarantaine, celle-ci peut survenir un peu avant, voire bien après et, surtout, n’est pas générale chez tous les individus. Néanmoins, la période entre 40 et 55 ans est propice au bilan. Il y a, à ce moment de la vie, un changement de perspective temporelle, où le regard se fixe désormais sur le temps qui reste à vivre. «Est-ce que je vais passer le restant de ma vie à faire ce métier?» «Est-ce que je me vois vieillir ici, finir mes jours avec mon partenaire?», sont quelques-unes des questions classiques. L’impression de ne pas être en adéquation avec soi-même, d’avoir sacrifié ses propres aspirations, ressentir un décalage entre ses désirs et la réalité sont des situations qui peuvent, face au temps qui reste, ne être supportables. Parfois, des événements extérieurs, par exemple un deuil, une rupture, une maladie, ou, paradoxalement, l’atteinte d’un objectif de vie important, viennent secouer l’individu au point que ce dernier remet tout en cause. Un besoin de changement, un sentiment d’urgence naissent alors, parfois avec fracas, comme en témoigne le Dr Belleux: «Certaines personnes vivent une crise majeure et quittent leur famille, une carrière, un couple. Je me souviens d’un entrepreneur qui a vendu son entreprise pour faire le tour du monde en bateau».

S’épanouir, la priorité

Alors que le jeune adulte déploie son énergie à se construire et à trouver sa place dans la société, les 40-55 ans cherchent de leur côté à se réaliser en tant qu’individu et à s’épanouir. Si l’histoire de vie de la personne peut jouer un rôle, l’émergence de tels questionnements est toutefois très liée à l’évolution de notre société, selon le Pr Spini: «Aujourd’hui, le développement de soi et l’épanouissement personnel sont les nouvelles normes». Mais se réaliser n’est pas forcément facile. Autour de 40 ans, les contraintes et les responsabilités (familiales, professionnelles, etc.) sont nombreuses et peuvent limiter la concrétisation des désirs.

Quoi qu’il en soit, on aurait tort de voir la crise du milieu de vie comme quelque chose de négatif. La professeure émérite de l’Université de Berne, Pasqualina Perrig-Chiello, rappelle que c’est une chance. Mais pour réussir ce virage, il est important de se montrer responsable et réaliste. Le Dr Belleux conseille d’ailleurs de ne pas négliger les répercussions que peuvent avoir ces remises en question sur l’entourage.

Conseils: éviter la crise?

Pour éviter une crise de la quarantaine fracassante, il vaudrait mieux se redéfinir tout au long de la vie et procéder en douceur aux changements, explique le Dr Belleux: «Souvent, la crise survient quand on s’est laissé étouffer et qu’on a attendu trop longtemps avant de s’exprimer. A un moment, c’est l’asphyxie». Se réinventer continuellement, mais aussi renoncer à certaines croyances limitantes qui empêchent d’être heureux. Notamment, qu’à un certain âge, la vie est derrière soi, ou encore que le bonheur ne réside que dans l’accomplissement d’un seul but, par exemple dans le fait d’avoir des enfants, ou pour un grand sportif, d’être au sommet. Pour le psychiatre, il n’y a pas un seul modèle de bonheur, mais de nombreux. Pour le Pr Spini, il s’agit d’être engagé dans sa vie et ouvert à de nouvelles expériences. «Prendre soin de soi, multiplier les sources de bien-être, se réaliser dans différents domaines –le couple, la famille, le travail, les amis, les loisirs– plutôt que de tout miser sur un seul. De , puiser de la satisfaction dans les relations et le soutien social c’est sécurisant, et cela évite une trop grande fragilisation en cas de cassure».

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 25/10/2017.

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